Des déchets presque pas radioactifs :: LAFFITE VIGORDANE (canton du FOUSSERET)

mercredi 3 février 2010

Article du Canard Enchainé paru le 27 janvier 2010.

Des déchets presque pas radioactifs

Les associations SAGA Environnement et LAFITTE Envi vous invitent à une réunion d’information publique concernant la plateforme de déchets dangereux, le vendredi 5 février à 20h30 à la salle des fêtes de Salles sur Garonne.

QU’ILS sont embêtants, ces campagnards de Laffite-Vigordane, petit bled au
sud de Toulouse ! Veolia, par le biais de sa filiale Eoval, veut installer sous leurs fenêtres un grand centre régional de traitement de déchets dangereux. Des peintures, des solvants, des huiles de vidange, des piles, des acides de batterie... Le Canard, 25/2/2009). Ça les rend nerveux.

Surtout que, ils viennent de l’apprendre, des déchets « provenant d’installations nucléaires de base" vont y être déversés. Mais attention, ce ne
seront « que des déchets conventionnels non radioactifs", explique la direction d’Eoval, qui a le sens de la nuance. « Dans une centrale nucléaire, explique la direction de l’Autorité de sureté nucléaire (ASN), il y a une zone à déchets radioactifs, et une autre bien distincte avec des déchets conventionnels qui n’ont aucune chance d’être contaminés. » Comment en est-on si sûr ? « A chaque entrée de zone, en sortie de centrale, ou encore lors de l’arrivée dans le centre de stockage, il y a des portiques de détection de la radioactivité qui sont de vraies lignes de défense », précise un porte-parole de l’Agence nationale pour la gestion des déchets (Andra).

Ah, ces portiques de détection ! Du sous-préfet de Muret en passant
par Veolia et l’ASN, tous le désignent comme LA solution miracle contre l’entrée de matières radioactives dans le futur centre de traitement de déchets dangereux. On voudrait bien les croire, mais... Primo, comme l’écrit l’Institut de radioprotection et de sureté nucléaire (IRSN) - un organisme dont une des missions est de prévenir les risques liés au stockage des déchets nucléaires-, « en aucun cas » la détection par portique « ne vise à définir le caractère radioactif ou non d’un déchet, mais a pour
objet de prévenir l’exploitant de la nécessité de porter une attention particulière au chargement et de le gérer dans le respect des
procédures
 ». En clair, le machin sonne mais on ne sait pas pour
autant vraiment ce qui se passe. Est mis alors à l’œuvre un processus
« relativement complexe ». Après avoir vérifié le chargement, le gestionnaire du centre lance une étude d’acceptabilité bourrée de savants calculs, qui s’inspire d’un guide méthodologique de 94 pages (analyses radiologiques, identification des voies d’exposition par poste de travail, impact éventuel sur l’environnement proche, suivi sur le long terme.. .). Simple comme une migraine.

Ensuite, comme le raconte toujours l’IRSN, le réglage du
portique dépend « du bruit de fond », lequel peut être « très différent
d’une région à l’autre ». Les effets dus à la radioactivité sur les organismes vivants se mesurent en millisieverts. En Midi-Pyrénées, la radioactivité
naturelle est, au maximum, de 120 nanosieverts par heure. Veolia va-t-il étalonner son portique sur ce maximum ? « Non, le portique sera réglé par l’exploitant bien au-dessus, commente la Criirad (Commission de recherche et d’information indépendante sur la radioactivité). Si bien qu’un chargement de vieilles piles qui afficherait 195 nanosieverts par heure va
faire retentir les cloches des portiques. Mais elles ne seront pas pour autant refusées par le centre.
 ». Rassurant, non ?

Enfin, depuis une circulaire du ministère de l’Ecologie du 25 juillet 2006 relative à « l’acceptation de déchets à radioactivité naturelle renforcée ou concentrée dans les centres de stockage de déchets » (c’est-à-dire les déchets faiblement radioactifs), ce n’est pas parce que la sonnerie
d’un portique retentit au passage d’un tas de détritus que le tenancier du centre de stockage va s’empresser de le refuser. Car les centres de traitement de déchets dangereux, comme celui que veut édifier Veolia, peuvent accepter sans problème de tels déchets « s’il est démontré que leur impact est négligeable du point de vue de la radioprotection ». Tout dépend de ce que l’on considère comme « négligeable »...

Le plus drôle, c’est que Veolia a réussi à faire estampiller son projet d’une étiquette cent pour cent écolo en ralliant quelques Verts à sa cause. Par
exemple Françoise Dedieu-Casties, maire Verte de Haute-Garonne et candidate aux régionales, a soutenu le projet en qualité de vice-présidente du mixte Pays-Sud. Quant au Vert Jean-Marc Lassus, ancien conseiller régional d’Aquitaine, s’est, lui, carrément converti en « chargé de concertation » pour Eoval. « Avoir les deux casquettes, c’est légitime. »
Du moment qu’elles ne sont pas radioactives...

Professeur Canardeau


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